Courrier des lecteurs

Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 15:40
Une nouvelle contribution de B.B. :

« La vraie liturgie de la Messe pouvait être comprise quand on voyait le Padre Pio, stigmatisé compatient, monter à l'Autel."  Le mystère du Saint Sacrifice était visiblement re-présenté. La messe s'évanouit sans le Calvaire. Toute l'Église tient par la Messe, parce que la Messe touche au Calvaire. La Messe doit tout au Calvaire, mais le Calvaire doit à la Messe de nous être apporté. Celui-ci est toute sa consistance, mais elle tient le Calvaire dans ses voiles apparents et nous le livre"
A ne jamais perdre de vue que l'on soit ordinaire ou extra-ordinaire..! »

Nous allons reformuler ce débat autrement pour essayer de faire avancer les choses positivement. Merci à aux participants.
Par Christophe Saint-Placide - Publié dans : Courrier des lecteurs
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 18:46
Une nouvelle contribution d'Antoine au sujet du développement organique (voir ici). Je repose ma question autrement, dans le but de faire avancer les choses et de mieux comprendre moi-même. Quelles sont les conditions (d'une manière générale) qui permettent de qualifier un changement en matière liturgique – il y en a eu dans l'histoire – de « développement organique » ? Les arguments des laïcs sont les bienvenus. Ceux des prêtres et des liturgistes aussi. Ils sont bien silencieux. Est-ce parce que nous sommes dans un domaine peu exploré finalement ? Pour les autres pièces du débat voir ICI, et .

Nouvelle contribution d'Antoine
« Cher Henri, il me semble que nous avons déjà échangé sur le Blog de l'Abbé de Tanouärn et je vous remercie de vos propos toujours mesurés qui permettent de faire avancer le débat. En réalité, ce que j'ai voulu dire, c'est que je concède que la forme ordinaire de la messe est une forme appauvrie de la forme extra, en revanche je nie que ce soit une rupture totale et que cette rupture ait été occasionnée par le dernier concile.

C'est un sujet d'une grande complexité et la difficulté, c'est qu'il fait souvent l'objet d'une approche simpliste... Ainsi, le Bref examen critique soi-disant des Cardinaux Ottaviani et Bacci, a causé un tort considérable en abordant cete question sous un angle purement dogmatique et en faisant fi de la question liturgique en elle-même... Il faut dire que son rédacteur (le Père Guérard des Lauriers) n'était certainement pas un liturgiste ! En plus il a célébré toute sa vie selon le rite dominicain... Partant de l'adage "Lex orandi, lex credendi", il a cru pouvoir induire des modifications qu'elles impliquaient un amoindrissement de la foi et du dogme quitte à faire des contre-sens liturgiques absolus ! Un exemple, celui de l'anamnèse "Prêtre : il est grand le mystère de la foi ; Foule : Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire".  Pour le BEC, cette formule manifeste l'absence de foi dans la présence réelle puisque, au moment où le Christ est présent sur l'autel, au lieu de l'adorer, on attent sa venue comme s'Il n'était pas présent... C'est super-capillotracté comme analyse et cela fait totalement fi de la réalité liturgique voire dogmatique d'ailleurs ! L'Eglise ne vit que pour un seul évènement, c'est l'avènement dernier du Christ : toute la vie du Chrétien est tendue vers cet objectif : être prêt car nous ne savons ni le jour ni l'heure. Le développement de l'année liturgique part de la préparation à la naissance du Christ pour arriver à la Parousie lors du dernier dimanche de la Pentecôte ou du dernier dimanche du Temps ordinaire. Bref, l'Eglise attend le retour et la liturgie a une dimension eschatologique incontournable puisque la messe actualise le Sacrifice dans l'attente du Retour. Les grands Saints avaient souvent des formules personnelles au moment de l'élévation qui contenaient des allusions au retour glorieux et je pense en particulier à St Alphonse de Liguori qui disait "Mon Dieu, je vous adore présent sur l'autel et j'attends votre venue dans la gloire"... On ne peut pas dire que St Alphonse ne croyait pas à la présence réelle ! Et puis, c'est oublier complètement le canon romain et le contenu de la prière "Unde et memores" qui suit immédiatement la consécration et qui est pourtant une prière d'anamnèse (au sens étymologique du terme : mémoire). Bref, le BEC envisage une rupture dogmatique là où il n'y en a pas et, au passage, obscurcit voire nie la réalité eschatologique de la messe... Et c'est sur la base de ce document erroné que l'on a bâti la seule argumentation contre la nouvelle messe pendant des années ! (et le reste est à l'avenant)

Alors Lex orandi, lex credendi... oui, mais faut-il déduire des faiblesses de la nouvelle messe qu'elles ont entraîné l'amoindrissement du dogme ? Dans la pratique, bien malin celui qui pourra préciser si la crise de la liturgie a entraîné une crise de la foi ou si c'est l'inverse !! La réalité, c'est que les deux vont de paire et que les prêtres mal formés qui ne croyaient plus en Dieu ni diable ont célébré une liturgie qui traduisait leur absence de conviction et auraient fait de même avec la forme extraordinaire ! Car lorsque vous dites que la forme extra ne permet pas ce genre de liberté, cher Henri, vous rêvez, je crains ! Si on a décidé de les intégrer, on le fait et c'est ce qui s'est passé ! Et pas seulement au XXème siècle ! Imaginer comme K. Wolfe dans le NYT que le 1er dimanche de l'avent 1970, les choses ont changé du jour au lendemain, c'est faire preuve de la plus totale ignorance ! Dans certaines paroisses sûrement, mais pas dans la plupart où les nouveautés étaient en place depuis bien longtemps, je l'ai montré... Et ce n'est pas le nouveau missel qui a supprimé les sacramentaux, ni les chapelets, ni les saluts du Saint Sacrement : ce sont toujours ces prêtres sans foi ni loi... Que la nouvelle liturgie les ait aidé, malheureusement, je ne le crois pas ! Elle leur a peut-être enlevé leurs scrupules, mais visiblement ils n'en avaient pas... En revanche, elle a certainement aidé les évêques pour faire plier les récalcitrants... Oui, certainement, et elle a sûrement aussi ce défaut là d'avoir facilité la tâche des destructeurs... En revanche, on voit un abbé Michel à Thiberville, faire beaucoup de bien avec le missel actuel : mais il l'applique strictement, et conserve toute les manifestations de piété populaire que ce missel n'interdit pas, bien au contraire. En fait, il a la foi catholique, et sa liturgie le démontre et entraîne l'adhésion, c'est tout...

Ensuite, imaginer que pendant des siècles, on a célébré le missel de Saint Pie V comme le fait Wolfe, c'est encore faire de l'histoire liturgique de quai de gare ! Je répète qu'en France le dernier diocèse à avoir accepté le missel romain a été celui d'Orléans et qu'il l'a fait en 1875 ! (j'avais dit 1873, mais j'ai vérifié depuis) Lyon est revenu au missel lyonnais en 1866 et ainsi, je crains que le Saint Curé d'Ars n'ait jamais célébré le missel de St Pie V : il célébrait avant 1866 et donc selon le missel gallican de Mgr de Vintimille de 1738, qui était la base en France avec des variantes locales... Ce fut l'oeuvre de la vie de Dom Guéranger que de travailler à la mise en place de la liturgie romaine avec des batailles homériques dont rend compte la presse catholique de l'époque et notamment l'Univers de Veuillot qui prit fait et cause pour Dom Guéranger et l'ultramontanisme sous tous ses aspects, notamment liturgique. Donc le missel de St Pie V n'a été la norme en France que pendant moins d'un siècle... et encore avec des adaptations locales car de nombreuses habitudes gallicanes ont persisté...

Il faut aussi étudier la Liturgie d'Asnières initiée par les jansénistes au début du XVIIIème siècle pour comprendre que le "mal liturgique" est profondément enraciné en particulier en France mais aussi en Hollande ou en Allemagne... Ainsi, les jansénistes avec les prêtres Jubé ou Petitpied, ont mis en place des réformes qui ressemblaient étrangement aux pires cérémonies modernistes et avec les mêmes hérésies sur la présence réelle, (proches du luthérianisme en réalité : présence réelle seulement liée à la messe), la place des fidèles, le dépouillement des églises, etc... Ce qui est nouveau, c'est que les crises avaient été externalisées jusque là par les condamnations des hérétiques...

Donc oui, nous sommes encore au coeur d'une profonde crise liturgique qui n'est, je pense, que la tradution d'une profonde crise de la doctrine (ou plutôt de sa transmission) et cela saute aux yeux depuis qu'internet permet d'avoir accès en direct aux enseignements du Pape. D'autant plus que l'actuel attaque directement les erreurs, alors que son prédécesseur donnait l'impression de vouloir les redresser en les contournant d'une façon qui nous semblait un peu iréniste... Sans doute que la forme ordinaire du rite est trop ordinaire pour répondre à une situation exceptionnelle... mais je crois que c'est plutôt la doctrine qu'il faut remettre à l'honneur, car elle a été tellement attaquée par la philosophie moderne qu'elle a du mal à être explicitée désormais... Et puis il faut connaître l'Histoire, pour ne pas reproduire les erreurs du passé et surtout ne pas apporter de fausses solutions alors qu'elles ont en réalité déjà été expérimentées et n'ont apporté aucune amélioration !

Enfin, je crois que si l'on prend réellement conscience que la liturgie de l'Eglise est, comme l'a rappelé Benoît XVI, une liturgie cosmique, c'est à dire que c'est celle que les anges célèbrent dans le ciel devant le Trône de l'Agneau, alors on réalise que, quelque soit la forme ordinaire ou extraordinaire, ce ne sont pas les rubriques qui comptent (même si il les faut pour traduire humainement l'adhésion de l'esprit) mais bien la façon dont nos esprits et nos âmes traduisent nos convictions profondes et notre communion avec le ciel. Si nous sommes persuadés de cela, alors nos liturgies le traduiront et les assistants pourront dire à la sortie, dès lors qu'ils auront vu une cérémonie belle, digne et élevant l'âme vers Dieu : "c'était beau, je me croyais au Ciel"...

PS : pour ne pas sembler totalement iréniste à mon tour, je tiens à préciser que je n'assiste qu'à la forme extraordinaire du rite romain...  »
Par Christophe Saint-Placide - Publié dans : Courrier des lecteurs
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 11:28
Je continue la publication du courrier reçu au sujet des questions posées concernant la liturgie et le développement organique. Ce qui m'étonne, c'est le peu de prêtres (à part un) qui ont donné leur avis. Manque de temps ? Manque de réflexion sur le sujet ? Le débat sur l'Épiphanie a montré, au contraire, qu'ils avaient le temps de répondre et que la réflexion – passionnante – ne manquait pas.

Une nouvelle contribution signée Henri
« Votre correspondant a bien évidemment raison (on ne le soulignera jamais assez) de souligner que les déviances ont commencé avant le Concile : "l'esprit du concile" commence avec le mouvement liturgique au début du XXe siècle, et il a raison d'en souligner les nombreux abus, notamment dans le scoutisme et à la guerre (mais pour ce dernier cas, la situation est... extraordinaire : nul ne songera, je pense, à reprocher à des prêtres asiatiques emprisonnés des années durant d'avoir "célébré l'Eucharistie" dans des conditions qui ordinairement seraient choquantes !).
Tout comme la Révolution - pardon pour la comparaison... -, le Concile (ou plutôt son "esprit") n'est pas né en 1962 : il est l'aboutissement de dizaines d'années de (dé)formation dans les séminaires, où les prêtres (le correspondant en parle très à propos : c'est le clergé qui est responsable) apprenaient des lois, liturgiques comme disciplinaires (cf. notamment le célibat), sans en comprendre le sens. Hélàs, au lieu de le rechercher, ils envoyèrent tout "balader". Certes, il ne leur était sans doute plus enseigné, mais cela n'est pas une excuse. Nos jeunes séminaristes diocésains se rendent souvent compte (encore le "sensus fidelium") que l'on ne leur dit pas tout (voire qu'on leur dit le contraire) de l'enseignement de la Sainte Eglise, et ils sont nombreux à partir en investigation dans les documents du Magistère, seuls et de leur côté : je connais d'ailleurs des prêtres qui se sont ainsi formés "seuls" à l'école du Magistère.
Par contre, notre ami a tort, à mon humble avis, de défendre coûte que coûte la pleine continuité et la simplification extrême de la nouvelle liturgie, car la question n'est pas qu'une question de missel, mais de liturgie (sacrements, sacramentaux, discipline...). Nous ne disons pas que la nouvelle liturgie ne peut pas être célébrée dignement. Oui, cher correspondant, la liturgie traditionnelle peut être bafouée par des prêtres la célébrant avec "l'esprit du concile", et la nouvelle peut être réhaussée par des prêtres la célébrant avec l'esprit de l'ancienne : et il est bien évident qu'il sera préférable d'assister à court terme, hic et nunc, à la seconde. Mais Sa Sainteté souhaite "la réforme de la réforme" car la nouvelle liturgie pèche en son essence : sinon, il suffirait de dire : célébrons-la strictement selon les rubriques de 1969, et alors, nul besoin d'une réforme de la réforme ! Qui contestera le fait qu'il y a plus de manières de célébrer la nouvelle liturgie que l'ancienne ? Pour cette dernière, il n'y en a qu'une, et toute improvisation sautera aux yeux, comme notre correspondant en témoigne lui-même.

Encore quelques remarques quant à l'article :
-Quant à la Fraternité Saint-Pie X : elle n'est pas LE modèle de célébrer la forme extraordinaire, même si cette dernière lui doit beaucoup quant à sa reconnaissance aujourd'hui.
-Quant aux cantiques : il n'appartiennent pas à l'essence de la liturgie, en tout cas traditionnelle : ils ne figureront jamais dans les missels, mais accompagnent les encensements et moments de récitation silencieuse du prêtre. Mais leur importance pastorale peut être importante, et saint Louis-Marie les faisait apprendre aux fidèles surtout pour qu'ils s'en souviennent au cours de leurs journées et qu'ils prient ainsi "sans cesse" comme le demande Notre Seigneur, en remplaçant des chants profanes parfois contraires à la foi ou aux bonnes moeurs.
-Quant aux réformes tridentines : rappelons que les réformes de S. Pie V sont minimes : institutionnalisation du dernier évangile (déjà répandu), suppression de préfaces anciennes mais trop nombreuses (mais dont le Saint-Père veut enrichir de nouveau la Sainte Eglise), et quelques autres. Fêtes et offices propres (bréviaire) sont effectivement partie intégrante du développement organique de la liturgie, selon la spiritualité propre de chaque époque (pensons au chemin de croix, aux fêtes mariales, etc.).
 
Même si elle peut être mal célébrée et bafouée dans l'application (qui sera alors ouvertement contraire à l'esprit traditionnel, bien manifesté à travers les rubriques), la liturgie traditionnelle reste objectivement un joyau : qu'est-il besoin de tout vouloir réformer comme ce fut la volonté expresse au Concile ? Cela était surtout la volonté de ce jeune clergé qui ne comprenait pas l'esprit traditionnel de la liturgie. La nouvelle liturgie, même bien célébrée, reste - quoique digne - essentiellement déficiante : amoureux de la liturgie traditionnelle, ce m'est davantage un calvaire (le mot est sans doute un peu trop fort) de servir la nouvelle liturgie en latin qu'en français : cette dernière est ouvertement différente, alors que la première, que beaucoup veulent nous faire croire similaire ("même un tradi s'y laisserait prendre"), révèle davantage toutes ses suppressions (les fameux "doublons" d'une Eglise Mère et Maîtresse en pédagogie !) et déplacements arbitraires (comme la bénédiction ou l'imposition des mains sur les offrandes, dont personne ne comprend au juste le sens). Cette "ressemblance" dont parle notre ami en reste là : ce n'en est qu'un pâle décalque, arbitraire, de plus. Personnellement, je ne m'y laisse pas prendre : je souffre de sa pauvreté (marque essentielle), de ses déficiances (dont la première est cette porte ouverte à tous les abus, même si, effectivement, les prêtres respectueux ne l'enfonceront pas) et je reste sans voix devant la "noble simplicité" dont parle le Concile... Même sans violation des règles et des rubriques, la nouvelle liturgie a un très grand et urgent (pensons aux conséquences pour les âmes, comme une nourriture pas assez consistante pour le corps) besoin d'être revu. Une Messe extraordinaire (dans tous les sens du terme) privée manifeste la noble simplicité de la liturgie selon l'esprit traditionnel de l'Eglise. D'ailleurs, qu'il est compliqué de préparer (je pense particulièrement au lectionnaire et au missel) une Messe dans la forme ordinaire, quand on ne suit pas exactement son rythme ! (année telle, lectures fériales avec oraisons festives) : parfois deux ou trois livres liturgiques.
Notre ami souligne l'importance de l'humilité (la vertu nécessaire pour la sainteté selon le S. Curé d'Ars : "l'humilité", et après ? "l'humilité", et enfin ? "l'humilité") avec grande raison : cette humilité consiste avant tout à vouloir recevoir de la Sainte Eglise par sa liturgie si pédagogique, avant de vouloir à tout prix lui demander d'en changer. C'est l'Eglise qui doit être le levain dans la pâte du monde, non le contraire, comme on ne le voit que trop aujourd'hui ; et je le concède, même dans l'application de la liturgie traditionnelle.
Celle-ci est un tel trésor, dont vivent aujourd'hui de plus en plus de fidèles, qu'elle est un remède à l'individualisme triomphant évoqué et à la soif de "changements à tout prix" : "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et t'agites pour bien des choses ; une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée" (Lc X, 42). Je crois du fond de mon âme que Marthe est la nouvelle liturgie - je rappelle que la liturgie n'est pas que la Messe mais également tout une manière de penser et de vivre - et que Marie est ici la liturgie traditionnelle, si vous me concédez, chers amis, ce sens accommodatice !

  Avec mes prières pour le refleurissement liturgique de nos vies, par la lecture notamment de l'incontournable "L'âme de tout apostolat" de Dom Chautard.

   Henri
P.S. :   Je présente mes excuses à notre correspondant : il trouvera peut-être que je manque d'arguments comme mes confrères, mais le temps (et l'esprit, le mien cette fois !) me manquent. De nombreuses études existent déjà sur le sujet, et je vous renvoie aux nombreuses études du C.I.E.L. »
Par Christophe Saint-Placide - Publié dans : Courrier des lecteurs
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 18:54
Une nouvelle contribution reçue, posée, argumentée, très intéressante. À vous la parole. Cette contribution mérite d'être discutée :

« Bonjour et bonne question que celle du développement organique de la liturgie !

Les deux réponses sont intéressantes : la seconde montre quelle est la nature de l'opposition au nouveau missel : malheureusement, c'est une opposition non argumentée et historiquement fausse ! Faire partir les déviance du Concile est une véritable méconnaissance de la situation dans l'Eglise depuis le début du XXème siècle... Il n'y a aucun argument liturgique dans cette réponse, elle est purement sentimentale...

Le prêtre résume assez bien la situation je pense : lorsque la messe de Paul VI est célébrée par le Saint Père, voit-on une différence profonde avec la liturgie extraordinaire ? Les rubricistes répondraient sans doute oui ! car la messe pontificale n'a jamais été simplifiée à ce point ! Mais passons outre le fait que l'on est arrivé à une messe solennelle du Pape qui ressemble en réalité à sa messe privée : sa messe "privée" à Saint Pierre ne crée pas d'incertitude pour le catholique traditionnel : elle est célébrée ad orientem (même si elle est face au peuple...) on trouve en plus la procession des offrandes, mais les différentes phases se retrouvent...
Bref, lorsque la messe de Paul VI est célébrée dignement (dans le respect des rubriques), on arrive à une cérémonie digne, donnant toute sa place au sacrifice avec autant de temps de prière collective que de prière particulière et qui ressemble profondément à l'ancien missel...

Le pb, c'est avant tout la violation des règles et des rubriques ! Mais imaginer que ça commence au concile, c'est tout ignorer du mouvement liturgique du début XXème ! Sans doute cela est dû aux messes dans les tranchées : la grande guerre a conduit à des cérémonies plus simples où les soldats se trouvaient en contact plus direct avec le prêtre célébrant... Ensuite, les choses sont allées assez vite : en Hollande on eu assisté à un mouvement progressiste rapide : messe face au peuple, en vernaculaire, avec des prières inventées pour chaque occasion et même des prières eucharistiques différentes pour chaque dimanche !
Ce qui a été fait pendant la guerre s'est retrouvé dans les mouvements scouts et de jeunesses : messes en plein air, dans des lieux inhabituels, en vernaculaire, face au peuple, etc... Il faut regarder la "messe" missel de 65, des étudiants de Chartres en 1968 ! (Archives INA) c'est un grand moment de cirque !
Dans les mouvements de jeunesse agricole, et ses fêtes de la joie, la messe a une place importante mais avec des processions d'offrande qui ont pris une dimension incontournable pour valoriser le travail agricole et cela culmine en 1955 avec la messe de la JAC au Parc des Princes devant 50 000 jeunes paysans, en vernaculaire avec une procession d'offrande (non prévue dans les rubriques) mais ajoutée pour les besoins de la cause !

Et il ne faut pas oublier que même la Fraternité St Pie X viole assez allégrement les rubriques dans de nombreux cas pour satisfaire aux nécessités contingentes en organisant des messes en plein air par exemple (ordinations d'Ecône) alors que cela n'est prévu pour l'ancien missel que dans des cas exceptionnels et avec autorisation spéciale de l'ordinaire... Or l'exception est devenue régulière... et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Le phénomène d'inculturation de la liturgie a toujours été présent ! Nous chantons les cantiques de notre époque ! Il ne viendrait à personne l'idée de chanter ceux de St Louis Marie Grignon de Montfort (à qq très rares exceptions survivantes) qui ont pourtant été très en vogue jusqu'au XIX° ! Mais chanter les louange de Dieu sur l'air de "Il pleut bergère" nous ferait plutôt sourire ! Nous chantons des cantiques actuels et même chez les tradis, les plus anciens cantiques (sauf les Noëls qui ont souvent des traditions antiques ) sont du XIX° ou début XXème ! On chante assez facilement des cantiques contemporains (Gélineau -jésuite qui a surtout composé pour Taizé !-, Emmanuel...) dans la plupart des communautés Forme Extraordinaire... le Chant "Ame du Christ" de Gélineau est désormais incontourable (certes les paroles sont de St Ignace !)

Tout ça pour dire qu'il y a le missel et ses rubriques d'un côté et son application concrète (ou sa violation pratique !) au quotidien... alors de quoi parle-t-on ? La messe est effectivement un moment central de la vie de l'Eglise en lien avec la pastorale. Et le prêtre a raison de souligner que la messe a subi beaucoup de transformations lors de la contre-réforme : il fallait affirmer mieux la présence réelle et mettre en avant le culte du Saint Sacrement : d'où le tabernacle sur l'autel, à la place centrale par exemple. En même temps, le contenu du missel reste très semblable à la codification du XIIIème siècle... On a sans doute insisté sur l'offertoire pour souligner que le pain et le vin ont vocation à subir la transsubstanciation et oublier les aspects trop matériels des offrandes... Ensuite, on a simplifié les préfaces car il y en avait des dizaines, presque pour chaque jour de l'année ! En réalité, la messe dans les premiers temps de l'Eglise ressemble à la veillée pascale  et au Vendredi Saint : une prière de pénitence pour commencer, puis de nombreuses lectures de la bible et des évangiles, entrecoupées d'hymnes, puis de longues prières et oraisons pour les vivants : les oraisons solennelles... puis la prière eucharistique proprement dite qui commence par la préface, se poursuit par le sanctus et en arrive à la partie centrale appelée maintenant le canon... Ensuite le rite de communion.
Cela ressemble terriblement d'ailleurs à la liturgie de Saint Jean Chrysostome ! la seule différence, c'est qu'il y a beaucoup plus d'invocations et de supplications au Christ et à la Sainte Trinité...
On retrouve finalement tout cela en résumé dans le nouveau missel avec parfois 3 lectures (ce qui était exceptionnel dans le missel de Saint Pie V : pour les 4 temps, par exemple)...

Donc à mon sens, le développement organique, ce n'est pas l'acroissement du missel, c'est sa correspondance profonde avec les nécessités pastorales actuelles à la fois dans l'essence du rite (qui n'est pas substanciellement différente entre Saint Pie V et Paul VI) et dans l'enrichissement des festivités liturgiques : création de nouvelles fêtes  comme récemment le dimanche de la Miséricorde ou de l'adaption à la culture du moment (cantiques). Ainsi, le missel peut être simplifié (restant sauve son essence), et des enrichissements liturgiques apportés (fêtes, hymnes, préfaces...) ou encore des modifications régulièrement apportées : Léon XIII est un bon exemple avec les prières à la fin de la messe, ou le second confiteor des fidèles..

Après, le vrai problème, c'est ce qu'en font les prêtres et les équipes pastorales !!! Mais cela est vrai avec le missel de St Pie V : mon curé a voulu célébrer lui-même la messe du Motu Proprio : ce fut terrible : rubriques omises, credo au banc et sans agenouillement, pas de retournements aux Dominus vobiscum, écorchement du latin, ajout de mots de bienvenue, d'envoi, etc... un massacre épouvantable...

Le problème a toujours été le même dans l'Eglise : manque d'humilité, de soumission à l'Eglise dans le respect des rubriques... Ainsi, en France ça a toujours été le souk ! Saint Vincent de Paul disait qu'il ne reconnaissait rien des messes célébrées à St Sulpice... Ensuite, les jansénistes célébraient comme ils voulaient et de façon étonnament proche des modernistes d'ailleurs !! Puis missel gallican jusqu'au XIX ! la réforme est venue de Dom Guéranger : et le missel de St Pie V n'a été adopté qu'en 1873 dans le dernier diocèse récalcitrant !!!
Alors pourquoi s'étonner qu'à l'époque de l'individualisme triomphant, où chacun a un avis sur tout, se permet de critiquer tout ce qui ne va pas dans son sens, les prêtres fonctionnent avec le même orgueil et imposent leurs bricolages liturgiques avec l'aide ou parfois le zèle dévorant d'équipes liturgiques qui ne connaissent rien au sacré... Bref, il y a l'Eglise et puis la façon dont les hommes la défigurent... »
Par Christophe Saint-Placide - Publié dans : Courrier des lecteurs
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 17:07
Voici une nouvelle contribution reçue. Merci à son signataire.
« Réponse au Père A.N. :

 -Non le missel de Paul VI n'est pas la "liturgie traditionnelle" : le nouveau missel et ses réformes (entamées dès les années 1955) s'éloignent beaucoup de l'esprit de la liturgie de l'Eglise jusqu'ici, comme le soulignèrent très courageusement et opportunément deux cardinaux en leur temps... Le "sensus fidelium" le reconnaît tout de suite, et les plus fervents partisans du nouveau Missel soulignent d'ailleurs au contraire son aspect de rupture avec "l'avant-Concile".

-Si le missel de Paul VI était en parfaite continuité avec le missel du Bx Jean XXIII, jamais le Saint-Père n'aurait reconnu le bien-fondé de ce dernier : si l'on reconnaît celui de 1962 (pourquoi pas 1955-1956 ou 1965 ?), c'est qu'il y a rupture après ! Si le Saint-Père souhaite depuis longtemps une "réforme de la réforme", c'est qu'il souffre (le nouveau Missel !) de graves lacunes, notamment le "dépouillé de différents ajouts", sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Le "revenu à une tradition plus ancienne" est faux : les savants savent (pardon pour la répétition) ce qu'il faut penser du fameux "Canon d'Hippolyte" et du fameux archéologisme des "réformes conciliaires". Et la Liturgie traditionnelle n'a jamais été interrompue par le concile de Trente et la Contre-Réforme !!! Et quels en sont réellement les fruits ? Voyons cette crise de l'Eglise et de la société, qui puisent leur cause avant tout (mais pas seulement, certes) dans celle de la Liturgie, "source et sommet de la vie chrétienne" (Vatican II).

-"Qui sait encore le latin aujourd'hui ?" : la sempiternelle question !!! Dans une société qui revendique ses "Lumières", son progrès, sa culture, la scolarisation obligatoire, et qui insiste sur l'obscurantisme "d'avant le Concile", on est étonné d'une telle bêtise ! Oui, effectivement, "on" ne sait plus le latin, mais l'on a les moyens de le savoir, d'autant plus que le latin liturgique est l'une des langues les plus faciles à apprendre, ne serait-ce que par son vocabulaire réduit. On apprend bien deux ou trois langues à l'école, que d'ailleurs les élèves ne savent pas parler ensuite : cela est une autre question : l'échec de l'Education nationale.

-"Qui sait encore le latin ?" : je conseillerai au Père A.N. de relire les documents officiels du Magistère de l'Eglise, tant le 2nd concile du Vatican (1re constitution : "L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins [...] On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble en langue latine aussi les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent. [...] Selon la tradition séculaire du rite latin dans l'office divin, les clercs doivent garder la langue latine") que "Veterum Sapientia" du Bx Jean XXIII, que celui-ci signa sur l'autel-même de Saint-Pierre de Rome pour montrer sa détermination à voir cette constitution appliquée !

 Réponse à B.B.  :

-Oui, le virage est quasi à 180° à cause de "l'esprit du Concile" (qui commence avant Vatican II et se poursuit après lui).

-Oui, Paul VI, Souverain Pontife, a été "divinement inspiré" quant à "Humanae Vitae", mais le "extrêmement courageux" s'arrête là :

-Il ne faut pas plaindre ce pape quant à la Liturgie. Oui, il a laissé, dans le magasin de porcelaines si précieuses qu'est la sainte Liturgie de l'Eglise, les commandes aux éléphants du nouvel Hannibal (Bugnini), mais il reste responsable de son travail : après la Présentation Générale du Novus Ordo, et son fameux paragraphe hérétique quant à la définition de la Messe, le pape pleura quand on l'interrogea, en disant avoir signé sans même avoir lu : c'est bien le problème - et l'irresponsabilité, quant à la si fondamentale Liturgie ! - de Paul VI, "pape écartelé", dont il faut lire la biographie par Yves Chiron. Le grand dilemme pour Paul VI a été de défendre en tant que pape des positions que personnellement il ne partageait pas.

-"Les tradis n'ont rien compris" : à voir ! (même si effectivement tous les tradis ne sont pas ipso facto intelligents, délicats voire bien formés). La ferveur, la romanité, la doctrine et les vocations que l'on rencontre très généralement chez eux sont une application de ce que disait Notre-Seigneur : "Vous verrez l'arbre à ses fruits" !
Henri »

 

La saine Liturgie est une chose infiniment précieuse qui se reçoit ("tradition"), que l'on ne violente pas comme l'on veut, sans délicatesse et en imposant autoritairement des ajouts ou des suppressions. La Liturgie se reçoit de Dieu par l'Eglise et ne se crée pas, ne s'invente pas dans des commissions humaines : le cardinal Stickler (expert au Concile) précisait que Mgr Bignini avait été refusé à Vatican II comme inexpérimenté, et Paul VI le nomma responsable de la réforme de la Liturgie pour le dédommager !!!

Le développement organique, lent et plein de prudence et de délicatesse (pour la Liturgie comme pour le Dogme, et comme pour la vie humaine : pensons aux délicates greffes) est ce que souligne et défend très bien notre Saint-Père : prions pour lui afin qu'il mène à bon terme sa mission propre : la restauration de la Liturgie et de son esprit dans la Sainte Eglise.
Par Christophe Saint-Placide - Publié dans : Courrier des lecteurs
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